(article extrait d’une publication de l’association des élus verts et écologistes, FEVE)
L’échappée belle du plan vélo brisée en plein vol
Alors que le soutien des collectivités à la petite reine n’a jamais été aussi fort, l’Etat coupe ses financements. Les élus du Réseau Ville et Marche ont tiré la sonnette d’alarme, le 27 janvier. Ils ont également fait part de leurs inquiétudes devant les têtes de liste aux municipales qui veulent redonner la part belle à la voiture en ville.
Les chiffres sont particulièrement éloquents. En l’espace d’une mandature municipale, la pratique de la petite reine a explosé, faisant un bond de 40 %. Dans le sillage du plan vélo porté sur les fonts baptismaux en 2023 par la Première ministre d’alors Elisabeth Borne, les collectivités ont changé de braquet. Alors qu’ils courent jusqu’en 2030, 83,6 % des objectifs du schéma national des véloroutes ont d’ores et déjà été réalisés. Soit 21 831 kilomètres sur un total de 25 900 km.
Désormais, plus d’un million d’enfants ont été formés dans le cadre du programme Savoir rouler à vélo, 88 497 aménagements cyclables réalisés et 48 904 de stationnement créées. Au total, les collectivités comptent maintenant 411 dédiés à la petite reine.
Des frégates, plutôt que des pistes cyclables
Mais, alors que le Premier ministre François Bayrou avait accordé une enveloppe de 50 millions dans le cadre de la loi de finances pour 2025, son successeur à Matignon Sébastien Lecornu a rayé d’un trait de plume ces crédits dans la dernière version du projet de loi de finances pour 2026, selon le Réseau d’élus Vélo et Marche, qui a tenu une conférence de presse au Palais Bourbon, le 27 janvier.
Tout sauf une surprise pour le député Renaissance de Fontenay-sous-Bois, Saint-Mandé et Vincennes (Val-de-Marne). Guillaume Gouffier-Valente se souvient que le Premier ministre, lorsqu’il était aux Armées, avait déclaré : « L’État se donne des missions qui ne sont pas les siennes. Il a fait un plan de vélo de plusieurs milliards d’euros pour aider les collectivités locales alors que ce sont les missions des mairies que de s’occuper des pistes cyclables. » Et Sébastien Lecornu de souhaiter que l’Etat se concentre sur l’achat de frégates et de sous-marins nucléaires.
« La mise à zéro du fonds vélo est la traduction de cette philosophie. Seuls, les crédits du secteur régalien sont préservés » regrette Guillaume Gouffier-Valente, co-président du club des élus nationaux pour le vélo et la marche.
« Fracture territoriale »
Le sénateur écologiste du Bas-Rhin Jacques Fernique redoute que ces « stop and go » viennent mettre à mal « la dynamique créée dans les territoires en transition cyclable ».
Maire PS de Dainville (Pas-de-Calais), la coprésidente du Réseau Ville et Marche, Françoise Rossignol met en garde contre le risque « d’une fracture territoriale au profit des territoires peu denses ».
Dans les petites communes, la pratique du vélo est encore marginale. Elle varie de 1 à 19 entre les communes de moins de 2 000 habitants et les villes de plus de 500 000 habitants. Dans les petites localités, la pratique du vélo oscille, en sus, de 1 à 12 entre janvier et août, quand elle reste assez stable toute l’année dans les conurbations.
Mais le Réseau et Vélo et Marche entend bien mettre ces questions au cœur de la campagne des municipales des 15 et 22 mars prochain. « Le vélo, ce n’est pas qu’une question de mobilité. C’est une vision globale de la ville apaisée », fait valoir Chrystelle Beurrier, maire Divers droite d’Excenevex (Haute-Savoie) et coprésidente du Réseau Vélo et Marche.
« C’était mieux hier »
Des arguments qui avaient fait mouche dans les grandes villes au second tour des municipales de juin 2020. A son zénith lors de la crise sanitaire, la vélomania semble quelque peu retombée.
A Paris, la tête de liste zemmouriste Sarah Knafo fait le buzz avec son plan de reconquête des voies sur berge par la voiture. « Il y a une petite musique « C’était mieux hier » très présente dans la capitale, déplore Guillaume Gouffier-Valente. Or, 80 % du temps d’antenne sur les municipales sont consacrés à Paris… »
Et Françoise Rossignol d’opiner du chef : « Le consensus autour du vélo a été rompu. Chez moi, on me reproche même de couper la ville en deux avec une piste cyclable… »
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